Les fortes sécheresses estivales réduisent la diversité végétale des prairies suisses

Zollikofen, 30 mai 2018

 

Des prairies et pâturages riches en espèces sont caractéristiques d’une agriculture en accord avec la nature. Les périodes de sécheresse intense modifient la composition végétale des herbages et réduisent leur diversité spécifique. Telles sont les conclusions d’une étude de la Haute école des sciences agronomiques, forestières et alimentaires BFH-HAFL, un département de la HES bernoise.

 

Les prairies et pâturages ne nourrissent pas seulement le bétail, elles sont aussi des habitats importants de plantes et d’animaux indigènes. Les herbages riches en espèces abritent des centaines de plantes herbacées et de graminées différentes. Les végétaux, les insectes et les organismes du sol qui y vivent contribuent au fonctionnement de l’écosystème et au bien-être des humains. Toutefois, la diversité de l’écosystème prairial, résultat de l’interaction entre la géologie du sous-sol, le climat et l’exploitation agricole, se modifie insidieusement sous l’influence des flux globaux de polluants et d’énergie. Entre 2010 et 2017, Andreas Stampfli et Michaela Zeiter ont mené deux études soutenues par le Fonds national (FNS). Les scientifiques de la BFH-HAFL voulaient comprendre d’une part, comment les prairies de fauche réagissaient à la sécheresse estivale en termes de composition spécifique et de productivité, et d’autre part, si leur réaction était influencée par l’intensité de l’exploitation. Pour leurs investigations, conduites en collaboration avec l’Université de Berne et l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) de Clermont-Ferrand, ils ont installé des parcelles expérimentales sur douze sites, du Jura jusqu’au Tessin. Les parcelles ont été couvertes de toits pour simuler la sécheresse estivale et le taux d’humidité du sol a été mesuré en continu.

 

L’azote, moteur des changements

Les résultats sont éloquents. L’exposition à un stress hydrique durant 2 à 4 mois en été n’affecte que temporairement la productivité : la prairie retrouve rapidement son état antérieur. En revanche, sa diversité et sa composition spécifiques sont plus profondément modifiées. Les graminées à croissance rapide se multiplient au détriment des plantes herbacées, alors que le nombre d’espèces végétales décroît. Plus la prairie est exploitée intensément, plus ces changements sont accentués. Cette disparition inattendue des espèces à croissance lente, pourtant mieux adaptées à la sécheresse, s’explique par des processus pédologiques. Dès qu’il recommence à pleuvoir, l’azote est à nouveau minéralisé dans le sol. Son action fertilisante accélère la croissance des plantes et accroît la concurrence, ce qui est défavorable aux espèces tolérantes au stress.

 

Les événements climatiques extrêmes affaiblissent les prairies

Au cours des dernières décennies, l’intensification de l’agriculture a entrainé un recul des espèces tolérantes au stress, à croissance lente. Cette évolution a réduit la capacité des prairies à réagir aux phénomènes climatiques extrêmes, qui risquent de s’intensifier encore à l’avenir, en Suisse comme dans de nombreuses autres régions du globe. Or, un stress hydrique comparable à celui que connaît la zone méditerranéenne accélérerait encore le déclin des espèces dans les prairies suisses. Pour survivre et continuer à bien fonctionner, un écosystème a besoin d’une proportion importante d’espèces végétales résistantes au stress. Si l’on veut favoriser la résilience des prairies, il faut donc appliquer de manière plus systématique les connaissances sur les propriétés fonctionnelles des plantes.

Contact pour les médias

Dr Andreas Stampfli

andreas.stampfli(at)bfh(dot)ch

Tél. +41 31 910 21 98

Mobile +41 79 705 11 12

Downloads

Communiqué de presse (pdf)

Toolbox